29.6.09

Volet instruction : le pronom de genre neutre



Inspirée par ma nouvelle job queer friendly qui nous fournit un magnifique manuel d'intégration, j'ai pensé vous parler d'un sujet qui me passionne depuis le début de mon certificat en études féministes : les alternatives linguistico-queer!

C'est en feuilletant un dossier sur les Do's & Dont's de votre relation avec un trans (ne PAS questionner Gilles sur son traitement hormonal, ne PAS demander à Sylvie son prénom à la naissance, accepter que votre chum du secondaire se fasse maintenant appeler Monique...) que je me suis rappelée une conversation sur le pronom "Ze" et ses amis de genre neutre.

As English has no gender-neutral pronoun in the singular (its can only be used
of objects, not of people) writers are faced with a knotty problem when they
want to speak of one person, but either don’t want to identify that person by
sex, or don’t know what it is. This is a matter of increasing importance as
writers and their readers are becoming more sensitive to the sexist implications
of such language. (Quinion, 1996)
Bref, plutôt que de dire "He/She laughed" ou "I called him/her", l'alternative queer serait d'utiliser, par exemple, "Ze laughed" et "I called hir". Beaucoup de linguistes se sont penchés sur la chose, vous pouvez trouver un tableau assez complet des solutions ici. Pas toujours évident de passer à l'action, mais j'aime bien lire ce genre de réflexion. Pour avoir eu un prof transgenre au certificat, j'ai moi-même eu à faire face à ce malaise pronominal né d'une rencontre dans un bar obscur... sous le coup de la surprise (et des quelques pintes avalées dans la soirée), j'aurais bien aimé profiter de cette neutralité possible en anglais. Malheureusement, le français est genré. Et il parait que les finlandais, maudits fatiguants d'européens évolués du nord de marde, sont complètement neutres. Pas de il, pas de elle, juste des p'tits hän.

24.6.09

Monsieur Foglia,



(Poursuivant la discussion de Catherine, j'ai écrit un courriel à Monsieur Foglia, qui publiait ça tout récemment)


En lisant votre dernier texte intitulé "Inquiet" sur Cyberpresse, l'article de Nicholas Carr dans l'Atlantic que vous avez gentiment mis en lien, ainsi que quelques extraits des multiples articles en lien dans le texte de Carr, je me dois d'essayer de vous rassurer quelque peu. Vous vous dîtes inquiet du sort des lecteurs dans les cinquante prochaines années; je ne vois aucune raison d'être plus inquiet aujourd'hui qu'on aurait pu l'être en 1950, ou bien avant cette ère de l'information. Le fait est que je réagis à votre article après avoir lu un commentaire sur le blogue d'une copine vous ayant lu, elle aussi, sur Cyberpresse et ayant, comme moi, fait son chemin en suivant les embranchements qu'offrait l'article de Carr. Je ne vous apprend rien en vous disant que cette pratique d'"hyperlecture" est répandue. L'information circule à une vitesse si grande et imprévisible qu'il est normal qu'elle "inquiète" certains gens - surtout quand il y a, parmi ceux-ci, des typographes de formation : j'imagine le vieux réflexe d'envisager l'immensité de tout ce travail d'impression "à l'ancienne" surgir en fièvre et en crises d'angoisse... Or, je n'aurais jamais eu accès aussi facilement à autant de TEXTE dans un monde pré-Internet. À la différence d'une lecture classique, linéaire, dans laquelle un lecteur entreprend d'assimiler, de dévorer, oui, physiquement, un texte donné - disons Céline, pour reprendre votre coup de coeur de jeunesse - une lecture "actuelle" sur Internet brise le carcan passif (je n'entends rien d'excessivement péjoratif par "passif") traditionnel et offre au lecteur un éventail infini de possibles cognitifs. En ce sens, et je le demande d'abord en toute naïveté puisqu'il le faut bien, vos inquiétudes concernent-elles vraiment le lecteur?

En toute honnêteté, ce qui me semble vraiment "inquiétant", c'est de lire un article SUR INTERNET me vantant les mérites d'une lecture sur papier. Ça devient surtout absurde quand ce même article m'a permis, en quelques clics, d'en lire un autre qui débouchait, lui, sur une douzaine de textes scientifiques sérieux, dont un ouvrage des plus historique de Frederick Winslow Taylor. Je veux bien admettre que ce n'est pas tout le monde qui poussera sa lecture aussi loin, mais j'aimerais bien voir votre lecteur papier se taper toute cette recherche. Plus fortement, votre chronique soulève un paradoxe intéressant: si les modes de diffusion actuels ont le mandat de démocratiser l'accès à l'information, cela se produit probablement pour le meilleur comme pour le pire (pensons seulement à cet étudiant irlandais qui a réussi à berner bon nombre de journalistes en publiant sur Wikipedia une fausse nécrologie, il va de soi que l'information sur Internet est toute en quantité, et très peu en qualité).

Néanmoins, il vous faudrait peut-être actualiser vos références textuelles pour vanter les mérites d'une lecture papier: Louis-Ferdinand Céline, en 2009, ça fait nostalgique un tout petit peu, non? Qu'on me comprenne bien, je n'ai rien contre les classiques, les modernistes, qui vous voudrez. J'étudie la littérature, j'adore Céline, Proust, Twain, Faulkner. Mais, quand je parle de nouvelles textualités, j'essaie de les tenir à l'écart. Ça me rappelle ce prof de cinéma qui affirmait à qui voulait l'entendre qu'il ne s'était pas fait de bon cinéma depuis Godard, ou ces gens qui ne décrocheront tout simplement jamais des Beatles parce qu'en matière de rock, come on, il ne s'est rien produit d'aussi visionnaire. C'est peut-être mon penchant sociocritique qui prend le dessus dans ces questions, mais j'ai tendance à croire que pour décrier l'état actuel des choses, il vous serait peut-être bénéfique de voir ce qui se produit actuellement en matière de texte littéraire sur papier. Pour paraphraser tour à tour Erich Auerbach, Alessandro Portelli, Marc Chénetier et Walter J. Ong : Le rapport au réel, donc par extension le rapport à la représentation textuelle de ce même réel, évoluent dans une société en fonction des technologies dominantes contemporaines.

En matière de littérature actuelle, mon expertise se situe plutôt du côté des Américains. Je pense notamment aux oeuvres de David Foster Wallace, Jonathan Safran Foer, Dave Eggers, Nicole Krauss, Don Delillo ou Robert Coover, qui savent reproduire dans la fiction l'expérience cognitive de l'hypertexte. Le roman Infinite Jest, de Wallace, est riche de plus 1080 pages, dont une centaine est constituée exclusivement de notes en annexe. L'auteur y interroge de fond en comble les médiums du divertissement dans la société contemporaine. De surcroît, ce type d'ouvrage intimidant par son format physique - dans certains cas, on dirait qu'on se sauve avec un morceau du pavé - arrive à se tailler une place parmi les listes de best-sellers aux États-Unis.

Mais, bon, vous ne craignez pas, vous non plus, la disparition du livre comme tel. Et j'espère que vous me pardonnerez de me laisser hérisser le poil quand on me cite un auteur moderne comme argument dans un débat concernant, en tout et pour tout, la société actuelle. Oui, le texte est texture, il est physique, spatial. Mais il faut savoir que pour certains le plaisir du texte comme parcours cognitif est bel et bien réel et palpable, même sur Internet.

Sincèrement,



William S. Messier

étudiant à la maîtrise en littérature à l'UQAM
auteur de "Townships, récits d'origines" éd. Marchand de feuilles

17.6.09

Oisillon


Thomas ne va plus être jaloux de son frère, il va avoir lui aussi un corset. Un impressionnant corset orthopédique, avec du métal chromé et du cuir. Lui aussi est en train de s'effondrer, de devenir bossu comme son frère. Bientôt, ils seront comme les petits vieux qui ont passé leur vie à ramasser des betteraves dans les champs.
Les corsets coûtent des fortunes, ils sont entièrement faits à la main, dans un atelier spécial à Paris, près de La Motte-Picquet, la Maison Leprêtre. Chaque année, on doit les amener à l'atelier prendre des mesures pour un nouveau corset parce qu'ils grandissent. Ils se laissent toujours faire docilement.
Quand on leur met le corset, ils ressemblent à des guerriers romains avec leur cuirasse ou à des personnages de bande dessinée de science-fiction, à cause du chrome qui brille.
Quand on les prend dans les bras, on a l'impression de tenir un robot. Une poupée en fer. Le soir, on a besoin d'une clé à molette pour les déshabiller. Quand on leur retire leur cuirasse, on remarque, sur leur torse nu, des traces violettes que l'armature en métal a laissées, et on retrouve deux petits oiseaux déplumés qui tremblent.
Jean-Louis Fournier, Où on va, papa?, p. 63-64.

15.6.09

4300 pieds.

Mont Mansfield, Vermont. J'ai mal aux cuisses.






29.5.09



Puisque je n'ai pas participé de façon officielle à la tag cicatrice (étant absorbée par le projet de Learning To Love You More), je me permets de soumettre une nouvelle partie de mon corps... mon nombril.

Je gagne probablement la palme de la cicatrice la plus auto-réflexive : j'ai une cicatrice dans le nombril. Et oui, il paraît que lorsque mon cordon ombilical est tombé, il en est resté une toute petite partie (je me souviens qu'enfant c'était un peu plus gros). Avec le temps, ma cicatrice ombilicale a rétréci (ou bien on a un plus gros nombril à l'âge adulte?) de façon à ne former aujourd'hui qu'un petit point noir. Mais c'est bien là. Et puisque j'ai pas le nombril très creux, on le voit très bien (ENLÈVE TON T-SHIRT AUGER, SHOW ME YOUR BELLY BUTTON)

Je tague Anne-Marie F. et Catherine P. parce que j'ai un plaisir indécent à lire toutes ces petits récits de vie ordinaire (et ces grosses histoires d'accidentés). Il ne me reste qu'à parler de ma petite cicatrice sur le bras gauche – une grille de four en sortant des muffins –, celle sur mon tibia – un horrible accident de cire chaude –, la mince ligne sur mon pouce – un beau souvenir de slicer au IGA – …

Halo


Puisque c'est une tag-barbelé (ohoh la pognez-vous? cicatrices? barbelés? tag-barbecue? come on) lancée par Bock, voici la tant attendue cicatrice. Et je la redirige vers Maude, tiens.

+++++++++++++++

On dit souvent dans ma famille que, malgré tous les souvenirs d’enfant qui sont bien les miens et tous les traits qui apparemment me suivent depuis si longtemps, mes parents ont eu deux garçons, ma sœur deux frères : William avant son halo et William après son halo. Diviser mon évolution de la sorte, comme un traumatisme quelconque, en deux ères très distinctes, a l’avantage de créer chez eux une espèce de mythe du renouveau, du recommencement, du genre "I once was lost, but now I'm found. Was blind, but now I see." etc. Mais en fait, il n'y a rien de reborn-chrétien dans ma compréhension des événements - ni vraiment dans l'attitude de mes parents, soit dit en passant. J'ai subi le traitement, fait le point, constater certaines choses et poursuivi l'existence adolescente habituelle, fini mon secondaire, le bal merdeux, l'après-bal merdeux, toute la patente.

Voici l'histoire, pour ceux parmi vous qui ne la connaissiez pas déjà (ceux qui la connaissent peuvent sauter ce paragraphe, le lire en diagonale, s'en crisser). À 5 ans, je suis tombé d'un module de jeu la tête la première. J'ai beaucoup pleuré dans les bras de Sergine, ma gardienne, et je suis rentré chez moi le soir avec une douleur dans le cou. Après une semaine à me voir avec le torticoli, ma mère m'a amené à l'hôpital, où des radiographies ont montré que j'avais la deuxième vertèbre cervicale fracturée. J'ai dû aller à la maternelle environ deux mois en portant un collet cervical, ce qui m'a permis entre autres de m'occuper des poussins de la classe pendant que les amis jouaient dehors (je l'ajoute seulement parce que c'est du capital de cuteness gratuit auprès d'Anne). Les deux mois se sont écoulés, un dernier rendez-vous à Sainte-Justine m'a déclaré complètement rétabli, top shape, attaboy, tiens v'là un bonbon.

~ Fin de la première partie ~

À 15 ans, je me fracture la jambe en jouant au basket dans une cour d'école. On allait toujours à cette école primaire où les paniers était plus bas, alors on pouvait dunker et se prendre pour de jeunes Kobe Bryant, Michael Jordan et qui vous voudrez. On joue à cinq contre cinq, et j'arrive à enlever la balle au monteur: c'est le fast-break, un beau gros dunk m'attend de l'autre côté. Mais je n'ai pas le temps d'effectuer la manoeuvre, pas même le temps d'y penser, j'entame les deux pas pour un lay-up en bonne et due forme et mon pied d'appel, celui avec lequel on saute habituellement, ne quitte pas le sol: la jambe craque et je glisse sur le dos. Au début, tout le monde est crampé sauf moi. Je reste au sol et répétant "ayoye, aouwe, ayoye, aouwe" comme si j'incantais une divinité amérindienne. L'ambulance m'amène à l'hôpital, j'avais un kyste osseux de la grosseur d'une balle de golf dans le tibia, un pouce sous la rotule. C'est le plâtre des orteils à la hanche, yeehaw.

~ Fin de la deuxième partie ~ (pause pipi)

Mais où vais-je donc avec cette histoire de jambe cassée? Voilà: un kyste osseux, normalement, se répare en même temps qu'une fracture, si fracture il y a eu. Chez moi, ça ne se produit pas. La fracture guérit et laisse une espèce de cavité kystique qui nécéssite une intervention à la cortizone pour y générer de la moelle osseuse. Mon orthopédiste a alors le flair, le bon sens, le culot, l'audace (ça change d'une fois à l'autre) de me demander si j'avais déjà subi des traitements sur ma colonne vertébrale, puisque les injections de cortizone se font sous anesthésie et ils doivent le savoir. J'hésite à lui mentionner la fracture de la deuxième cervicale à 5 ans tellement c'est du passé, tellement je n'en ai aucune conséquence à ce moment-là (nommez le sport, je l'ai pratiqué, et avec vigueur et témérité à part ça); mais je lui conte quand même l'histoire. Il prend des radios.

Vers 14h00, on m'appelle à l'école et c'est le doc qui veut me voir en urgence à l'hôpital: la deuxième vertèbre cervicale, après dix ans de ballons de soccer sur la tête, de course, de batailles quelconques, d'intensité de petit gars, de hockey, est encore fracturée. Il me réfère à l'hôpital Sainte-Justine, où me traitera, un gros rire jaune dans la voix tout le long du traitement, le même christie d'orthopédiste qui m'avait déclaré guéri à 5 ans. Ils m'opèrent pour soudre avec des morceaux d'os prélevés sur ma hanche les deux premières vertèbres cervicales. Ça dure 6 heures. Une étudiante fait une thèse à mon sujet. Je porte ensuite un halo pour 3 mois, et un collet cervical pour trois autres mois. L'école à la maison tout ce temps-là.

~ Fin de la troisième partie ~

Bon, il y a tout plein d'implications étranges là-dedans. Je ne pourrai jamais me considérer malchanceux, jamais jamais, de toute ma vie: si ce docteur n'avait pas pensé me poser cette question de routine, et s'il n'avait insisté pour prendre des radios, j'aurais été comme dans un champ de mines, à gambader et à pirouetter en toute insouciance. Je l'ai d'ailleurs été pendant 10 ans. Mais ce que j'en retire principalement, c'est un grand respect pour l'imprévu. Et puis, peut-être que cette cicatrice qui me trace une ligne de 4 pouces en verticale le long de la colonne dans mon cou est un symbole d'un avant-halo et d'un après-halo, d'une évolution. J'y vois certainement quelque chose d'auratique, en tout cas.

28.5.09

Jolies choses (FFFFOUND)